Après une année 2025 exceptionnelle, marquée par un MASI en hausse de plus de 27% et une capitalisation record, le marché aborde 2026 dans un climat toujours porteur mais plus exigeant. Dans cet entretien, Jérôme Boumengel et Tarik Amiar associés-gérants du cabinet African Financial Investment, font le point sur la dynamique du MASI, ses catalyseurs pour 2026 et ses objectifs techniques.
Boursenews : Pour commencer, quel bilan dressez-vous de l’année boursière 2025 ? Quels ont été, selon vous, les deux ou trois enseignements clés à retenir pour les investisseurs ?
Jérôme Boumengel & Tarik Amiar : Avec une hausse supérieure à 27 % en 2025, le MASI a signé sa meilleure performance depuis près d’une décennie. L’indice a même franchi, brièvement, le seuil symbolique des 20 000 points avant de se replier et de clôturer l’année autour de 18 846 points. Dans le même temps, la capitalisation boursière des actions marocaines a dépassé pour la première fois les 1 000 milliards de dirhams, atteignant un niveau historique.
Pour les investisseurs marocains, le message est sans ambiguïté : le marché actions s’affirme désormais comme un levier crédible de création de valeur à moyen terme. Toutefois, cette dynamique n’a pas été uniformément répartie. La hausse s’est concentrée sur certaines grandes capitalisations et secteurs clés, tandis que d’autres compartiments sont restés à la traîne. Dans ce contexte, une stratégie de stock picking, s’appuyant sur une analyse fondamentale complétée par une lecture technique, s’impose davantage qu’une exposition purement directionnelle à l’indice.
Comment abordez-vous l’année 2026 pour le marché actions ? Êtes-vous plutôt confiant sur la poursuite de la dynamique observée en 2025, et quels pourraient être les principaux catalyseurs à surveiller cette année ?
J.B. & T.A.: Oui, je reste confiant sur la poursuite de la dynamique haussière, au moins sur les 6 premiers mois de l’année. Toutefois, il ne faut pas s’attendre à une performance aussi bonne qu’en 2025.
Concernant les principaux catalyseurs à surveiller cette année, j’en vois 3, voire 4 :
Une amélioration des perspectives économiques de l’Europe serait globalement très favorable à l’économie marocaine, dans la mesure où l’Europe absorbe plus de la moitié des exportations marocaines et où de nombreuses entreprises européennes sont implantées directement dans le pays. Une Europe plus dynamique soutiendrait les transferts des Marocains résidant à l’étranger (MRE), principalement basés en Europe ; elle augmenterait également la fréquentation touristique, notamment en provenance de France, d’Espagne et d’Allemagne.
L’autre catalyseur est à chercher dans la trajectoire des taux directeurs de Bank Al-Maghrib qui restera déterminante. Une confirmation de la détente monétaire, ou à minima un environnement de taux stables, soutiendrait les valorisations actions en réduisant le coût du capital et en favorisant les arbitrages en faveur des actifs risqués.
Après le fort rebond boursier de 2025, la capacité des sociétés à délivrer une croissance tangible des résultats sera un catalyseur clé. Les publications annuelles et semestrielles permettront de distinguer les hausses justifiées par les fondamentaux de celles davantage liées à l’expansion des multiples.
J’ajouterai que la mise en place effective d’un contrat à terme sur l’indice Masi20 pourrait également agir comme un catalyseur, en améliorant notamment la visibilité et l’attractivité de la place.
D’un point de vue plus fondamental, quels secteurs ou thématiques vous semblent les mieux positionnés pour tirer parti du contexte actuel en 2026 ? Voyez-vous des segments du marché qui pourraient se démarquer davantage (techniquement ou fondamentalement) que d’autres ?
J.B. & T.A.: Le secteur bancaire reste un pilier du marché actions marocain. La normalisation progressive des taux et la reprise de l’investissement soutiennent la croissance du crédit. Les banques marocaines bénéficient également d’une diversification géographique, notamment en Afrique subsaharienne, et d’une amélioration graduelle de la qualité des actifs. Par ailleurs, fondamentalement, les valorisations demeurent raisonnables au regard des perspectives bénéficiaires.
Les grands projets d’infrastructure (transport, énergie, eau, urbanisation) constituent toujours un moteur structurel. La visibilité sur les carnets de commandes est élevée. Le secteur profite des investissements publics et parapublics, ainsi que des partenariats public-privé.
La stabilisation de l’inflation et l’amélioration du pouvoir d’achat soutiennent certaines valeurs de consommation, avec une préférence pour les acteurs disposant d’un pricing power.
Sur le plan technique, comment qualifiez-vous actuellement le profil du MASI ? Quels sont, selon vous, les niveaux et objectifs clés à court et moyen terme, ainsi que les seuils à surveiller ?
J.B. & T.A.: Une consolidation au sein d’un bull market.
Je vise un retour sur les plus hauts à 20340 points, puis un objectif à 22000 points.
Propos recueillis par Y.S