Dimanche 18 Janvier 2026

Private Equity et Bourse: Une convergence progressive autour de la liquidité et des IPO

marché financier marché boursier marocain actualités marchés financiers info finance

Au Maroc, le capital-investissement et la Bourse s’inscrivent désormais dans une logique de continuité au sein du marché des capitaux. Dans un contexte où le Maroc cherche à renforcer la profondeur de son marché des capitaux et à diversifier ses sources de croissance, le Private Equity apparaît de plus en plus comme un pourvoyeur structurant de futures introductions en Bourse (IPO).

L’interaction entre le capital-investissement et le marché boursier est devenue un enjeu central pour la dynamique financière nationale. Si le financement bancaire demeure prédominant dans l’économie marocaine, la montée en puissance du non-coté introduit une logique complémentaire, à savoir accompagner la croissance, structurer la gouvernance et préparer, à terme, un accès au marché public. Ce rapprochement progressif entre le non-coté et la cote officielle constitue un levier factuel pour le changement des histoires de croissance des entreprises et pour l’animation de la Bourse de Casablanca.

Les données consolidées par l’Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC) dans son rapport d’impact 2024, publiées en juillet 2025 et croisées avec les statistiques de marché, démontrent en fait cette dynamique.

Sur le plan opérationnel, les entreprises accompagnées par des fonds d’investissement ont enregistré en 2024 une croissance moyenne de chiffre d’affaires de +20,5%. Cette surperformance s’explique en partie par une allocation sectorielle orientée vers des activités à fort potentiel. A titre d’exemple, les entreprises du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) affichent une progression de 79%, suivies par le secteur de la santé avec 59%.

En parallèle, l’activité d’investissement demeure soutenue. L’industrie du capital-investissement a mobilisé près de 3,9 milliards de dirhams en 2024. Sur le cycle 2018-2024, le cumul des fonds levés atteint environ 13,8 milliards de dirhams, en hausse d’environ 50 % par rapport à la génération précédente. 

«Nous sommes sur une année record en matière de levées de fonds, avec une tendance structurellement haussière. D’une génération à l’autre, les montants levés, investis et désinvestis ont plus que doublé, ce qui enclenche un cercle vertueux pour l’industrie du capital-investissement», nous avait expliqué Hassan Laaziri, président de l’Association.

Et de poursuivre : «En quinze ans, le secteur a levé environ 15 milliards de dirhams ; sur les deux prochaines années, près de 20 milliards seront mobilisés, notamment via le Fonds Mohammed VI, dans un contexte de marché boursier et de capitaux favorable et d’un fort momentum économique».

Cette montée en puissance se reflète également dans les modes de désengagement : sur la période 2018-2024, les introductions en Bourse représentent près de 22% des volumes de sorties des fonds de Private Equity, confirmant la Bourse comme une option crédible aux cessions industrielles.

La préparation à la cote passe toutefois par une transformation profonde des entreprises investies. Selon les travaux conjoints de l’AMIC et de Grant Thornton, 99% des sociétés disposent, au moment de la sortie, d’une politique budgétaire formalisée, contre 45% à l’entrée au capital. Les comités de suivi d’activité concernent 95% des entreprises, et 67% sont auditées, contre respectivement 42% et 40% lors de la prise de participation. Cette montée en gamme des pratiques de gouvernance et de transparence contribue à réduire la prime de risque pour les investisseurs boursiers lors d’une éventuelle IPO.

Dans un environnement régional marqué par un ralentissement du financement des startups africaines en 2024, le segment du Venture Capital a également fait preuve de résilience relative. Les levées de fonds des startups technologiques ont dépassé 82 millions de dollars sur l’année, positionnant le Maroc parmi les marchés actifs d’Afrique du Nord, bien que les volumes restent inférieurs à ceux observés en Afrique du Sud ou en Égypte.

L’impact du capital-investissement se mesure également en termes de création de valeur financière et économique. Entre l’entrée et la sortie des fonds, ou fin 2024 pour les actifs encore en portefeuille, le multiple de l’EBITDA ressort en moyenne à 2,5x. La contribution fiscale progresse parallèlement, avec une hausse estimée à 250 millions de dirhams d’impôts et taxes collectés en 2024 par rapport à 2023, traduisant une formalisation accrue des entreprises, étape généralement préalable à une cotation.

 

Un pipeline fourni pour la cotation en Bourse

Cette dynamique alimente l’hypothèse d’un «pipeline» naturel vers la Bourse de Casablanca. Les fonds membres de l’AMIC accompagnent plus de 160 entreprises, avec une durée moyenne de détention d’environ six ans. À horizon 2026-2028, ce portefeuille pourrait constituer un vivier régulier de candidats à l’IPO. Des opérations passées illustrent ce schéma : Akdital, TGCC ou encore Cash Plus (pour ne citer que celles-ci) ont connu des trajectoires où l’intervention du capital-investissement a précédé l’accès au marché boursier, dans une logique de structuration et de liquidité.

L’écosystème national s’appuie par ailleurs sur une structuration différenciée des acteurs du Venture Capital et du Private Equity. Par exemple, UM6P Ventures s’inscrit dans une logique de financement long terme orientée vers la deeptech, en lien avec la recherche et l’innovation. Al Mada Ventures, elle, opère comme un corporate venture capital, ciblant des scale-ups à potentiel de déploiement industriel et régional. 

Du côté du Private Equity, des fonds marocains tels qu’AfricInvest Maroc interviennent sur des entreprises en phase de croissance ou de transmission, avec un accompagnement structuré portant sur la gouvernance, la stratégie financière et la préparation à des scénarios de sortie incluant, le cas échéant, la Bourse.

La PE et VC, dans une moindre mesure, pourrait également favoriser une diversification sectorielle de la Bourse. Historiquement dominée par les entreprises financières, télécoms, de distribution et le BTP, la place casablancaise pourrait accueillir davantage de valeurs issues de la santé, des services ou de la technologie, modifiant progressivement le profil sectoriel du marché.

Cette synergie ne saurait toutefois s'affranchir des réalités structurelles du marché. Entre impératifs de liquidité et rigueur des exigences réglementaires, l'introduction en Bourse demeure un exercice sélectif qui n'a concerné qu'environ 22% (chiffre amené à augmenter au fil des prochaines années) des sorties de fonds sur la période 2018-2024. Pas forcément considérée comme issue systématique, les IPO s'affirment néanmoins comme une étape de plus en plus intégrée au cycle de financement. Ce mouvement témoigne d'un renforcement progressif de la profondeur du marché, où la cote devient un débouché naturel pour les entreprises ayant atteint leur pleine maturité sous l'aile du capital-investissement.

Au final, force est de constater que les données récentes traduisent ainsi une convergence progressive entre capital-investissement et marché boursier au Maroc. La structuration des entreprises financées, la montée des levées de fonds et le retour d’IPOs significatives suggèrent une continuité renforcée entre financement privé et marché faisant appel public à l’épargne. Sans rupture de modèle, cette évolution contribue à approfondir le marché financier marocain et à positionner la Bourse de Casablanca comme un relais naturel de liquidité et de croissance pour des entreprises arrivées à maturité.

 

Private Equity: Vers un doublement de la taille des levées à horizon 2030

L'Association Marocaine des Investisseurs en Capital (AMIC) ambitionne de doubler les levées de fonds annuelles pour atteindre 6 milliards de dirhams d'ici 2030, capitalisant sur une décennie de croissance marquée par une multiplication par quatre des sorties. Cette dynamique est aujourd'hui soutenue par le rôle catalyseur du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, qui vise à combler le déficit de financement des PME et ETI matures sur le segment des tickets intermédiaires (20 à 100 millions de dirhams), tout en accompagnant les grands chantiers nationaux liés à la transition énergétique et à l'échéance de la Coupe du Monde 2030.
Pour pérenniser cet élan, le secteur mise sur une mobilisation de l'épargne locale, notamment via les institutionnels et les caisses de retraite, tout en plaidant pour une levée des freins fiscaux comme la TVA sur les frais de gestion. Le capital-investissement s'affirme désormais comme un levier stratégique de souveraineté économique, capable de transformer l'épargne productive en champions nationaux et de renforcer l'attractivité internationale du Royaume dans un contexte de plein développement industriel.

 

Amrou Salmi 

Articles qui pourraient vous intéresser

Vendredi 16 Janvier 2026

Bourse de Casablanca : Le MASI recule de 1,38% sur la semaine

Vendredi 16 Janvier 2026

Gestion d’actifs: CIH Capital Management privilégie le segment «value» en Bourse

Mardi 13 Janvier 2026

BKGR : Quel scénario pour le marché actions en 2026 ?

Mardi 13 Janvier 2026

Bourse de Casablanca: "Consolidation dans un bull market et cap sur les 22.000 points pour le MASI"

S'inscrire à la Newsletter Boursenews

* indicates required